jeudi 24 octobre 2013

--> JE ME SOUVIENS

Ma grand-mère avait ressorti son dentier du manteau de la cheminée où elle planquait ses hétéroclites friandises. Depuis quelques années elle ne le portait plus, au prétexte que les arêtes de poissons et les carapaces de crustacés  s'y coinçaient. Ça lui faisait une drôle de tronche, joues et lèvres rentrées jusqu’à la garde dans leur coquille.
Tapis entre les incisives et les deux rangées de molaires de la prothèse, trônaient une dizaine de bagues dignes de Farah Diba, quatre ou cinq tours de perles fines, des pendants d'oreilles assortis aux bagues, tous de pierres précieuses (émeraudes, rubis de première qualité, diamants), ainsi que quelques bracelets ad hoc. S'ajoutait à ce butin, une cinquantaine de Napoléon que, de temps à autre, elle exhibait non sans nous avoir expressément convoqués pour le seul plaisir mauvais de nous faire pâlir d'envie. Puis, lentement, elle rangeait ces objets de toutes nos convoitises avec une volupté ostentatoire, l'un après l'autre, dans leurs escarcelles de soie rebrodée, l'une pour les joyaux, l'autre pour les pièces d'or.

Oui, nous étions le 8 mai 1981, l’avant-veille de la Révolution donc, et ma grand-mère avait une pétoche d’enfer : la cure d’Ultra levure et de Lactéol n’y faisait rien. En outre, claquer des dents sans ses dents ne va pas sans douleurs, raison de l'exhumation du dentier.

Je me souviens. Elle avait donc de nouveau chaussé son appareil, retrouvant derechef ce sourire mi-figue qui avait fait sa réputation. Elle s’était parée de tous les bijoux possibles, et avait attaché au moyen d’un mini-cadenas, les deux escarcelles à une ceinture qu’elle portait sous ses jupes, ras de la peau.
"Et ça, ça fera l'affaire pour tout recouvrir !" s'était-elle exclamée en saisissant une vaste cape de pluie en plastique.
Je me souviens. Elle avait sorti de derrière sa bibliothèque ses vêtements les plus précieux. Les tenues légères, les petits accessoires en croco et python, elle les avaient entassées dans 6 énormes valises Vuitton. Tandis qu’une formidable cantine de l’armée abriterait quelques œuvres d’art de grande valeur sorties d’une réserve spécialement aménagée pour leur conservation dans les caves.

Mais le renard argenté, la zibeline et le vison de Sibérie, elle y avait foutu le feu au fond du parc, juste derrière la chapelle. Puis, tandis que s’élevaient la fumée et la puanteur de la peau brûlée, elle avait entrepris, en nuisette, une danse barbare autour du brasier en psalmodiant d’une voix sonore et caverneuse : « les-bolcheviks- ne-m’auront-pas ! les-bolcheviks- ne-m’auront-pas ! »

Quelques jours plus tard – c’était le jour de la cérémonie de la rose au Panthéon, le 21 mai je me souviens, elle perdit définitivement la raison et la parole. Et le 25 décembre de la même année, c’est une pneumonie foudroyante qui l’emporta.
Depuis, bien que n’aimant pas cette veille salope dont j’ai fini par hériter, je déteste les socialistes qui ont quand même mangé ma grand-mère.
Signé : Le petit chaperon rouge - 
10 mai 2011/ Sujet : Vos peurs en 1981.

lundi 12 août 2013

Hasta luego mi querida
Après ce texte pour elle et à elle adressé, ma belle et chère Brijoue s'est éteinte juste un jour après : le mercredi 31 à 11 h. Sans me lire. Mais je crois e jet veux croire que, au delà de l'au-delà de l'au-delà où elle s'est enfuie, elle m'a entendue... Lue et comprise. J'en suis sûre...

30 JUILLET 2013


Ô ma Brijoue
Ma belle
Il me semble que tu vas t'en aller très bientôt dans un autre jardin. Le jardin de juste à côté.
Un jardin où je ne pourrai plus entrer tant que...

Tu me manques !
Tu me manques déjà tant, depuis quelques pourtant si petites semaines...
Depuis que tu ne sais plus m'écrire, depuis que tu ne sais plus lire, ni comprendre, ni écouter nos musiques, nos livres, nos aimés. Ni même parler.

Et tout. Et tout.

Depuis que tu te mets en colère face à ton impuissance malade, depuis que tu t'es mise à mordre tout ce qui passe et ne sais plus rien d'autre !
Tu mords ton mari. Tu mords ton déambulateur en hurlant cette insigne détresse : "je voudrais pouvoir... réfléchir !" Alors que  réfléchir n'est précisément plus à ta portée. Je voudrais pouvoir réfléchir ! Ce sont les derniers mots intelligibles que j'ai eus de toi avant que la crabe ne te prenne tout entière voici une semaine à peine. La peine. Ma peine. Elle est immense et sans pardon.

Et moi aussi, t'en souviens-tu ? tu as tenté de me mordre !

Curieusement - c'est dingue  - trois jours avant de venir te voir, j'avais rêvé que tu me mordais ! Et que, ce faisant, tu me filais le crabe à moi, le tiens de crabe...  Ma peur fut brève mais resta trouble et troublée et, au matin, j'ai trouvé ce rêve déplacé et inconvenant : grotesque.

J'avais trouvé cela si saugrenu en m'éveillant sur le cauchemar de cette maladie sans pardon qui t'a prise... Et voilà qu'ensuite, tu avais réalisé ce cauchemar, tentant de me mordre pour de bon, dans le couloir où je te conduisais vers les toilettes en m'aidant du coupable déambulateur... Comprendra qui pourra.

Moi je resterai seule, sur le bord du chemin des rêves qui font peur...

Mais notre jardin à nous subsistera. Et résistera à toutes les tempêtes, bibliques ou pas, je t'en fais la promesse.

Et maintenant que la porte de cet autre jardin est ouverte, béante et si généreusement devant toi, tu me manques encore plus.

Même si j'ai su me protéger de ton ultime morsure.

Autrement, tu sais, la nuit dernière, j'ai rencontré en rêve ta  vieille"Mamé Marie". Cette fripouille de grand-mère que tu aimas et qui t'aima tant, cette toute petite vieille qui ne sentait ni mauvais ni bon et que je me rappelle, du si loin/lointain de nos eenfances.

Te souviens-tu lorsque, si vieille et usée, nous deux, tout enfant que nous étions, voici 45 ans déjà, allions la faire boire, à la petite cuillère à café, de l'eau pour petits oiseaux ? Petit oiseau qu'elle était devenue juste avant de s'envoler.
Elle était si minuscule dans son trop grand lit. Comme toi aujourd'hui, ma belle préférée, ma grande perte déjà, ma belle perche blonde de 61 ans, ressemblant à Jane Birkin, juste en un peu plus jeune je pense.
Dans ce rêve - qui n'en est qu'à moitié un - elle me disait, cette Mamé Marie, la tienne pour de vrai :
- Ô ma Brijoue... Qu'elle vienne me rejoindre sans crainte... Elle peut venir, même sans bagages ma petite toute petite.
Même toute nue. Si belle qu'elle est et restera. Moi, avait-elle ajouté avec un sourire mi fée, mi sorcière, mi figue mi raisin, je lui ai préparé un très joli jardin et de la bonne cuisine, celle du Bon Dieu. Et aussi un joli lit aux draps si frais et tout blancs. Parfumés aux jasmins de ce jardin-là.. tant qu'il est irrésistible !Viens ! Viens ! Viens ma toute petite rigolote que j'ai plus peur de rien. De rien !

Et la Mamé-tienne Marie m'a dit encore :

- Dis lui, petite, de ne pas avoir peur : ici, il y a tout le confort moderne et bien plus qu'ailleurs. Bien mieux qu'avant, bien mieux !

Ton petit corps, celui que je vois, si malingre devenu, aujourd'hui si malmené par le sort, et qui fut si joli jusqu'à il y a peu, fondra bientôt. Il fondra bientôt. Bientôt et vite : comme un morceau de sucre dans un verre d'eau claire. Dans quelques jours à peine, je ne le sais que trop.
Il ne me restera plus que la saveur de l'eau sucrée (mais pas que), celle que l'on administrait, toi et moi toutes deux ensemble, à ta petite Mamé Marie à nos 10/12 ans. Diable ! Quel périple !
Je ferai alors contre mauvaise fortune bon cœur, cœur de sucre et d'eau : je boirai l'eau sucrée toujours et, en souvenir de toi pas encore défunte, je l'aimerai à chaque fois si cela m'est possible et te parlerai encore. Je te parlerai encore et encore... du futur ! Si si !

"Á quiew déco !!!" s'indignait ta si vieille Marie provençale, dans son idiome incompréhensible qui nous faisait songer aux romans de Garcia-Marquez.

Les cent ans de solitude s'achèvent donc là, pour toi et pour moi. Avec, pour seule frontière de camelote, ce portail en papier de cigarette qui séparera désormais nos deux jardins.

Nous devons nous y faire, oui. Te perdre m'est si dur... Mais la grille de ce jardin-là est si peu solide, la frontière si poreuse, si friable...

Mon baiser pour cette nuit encore...
Le 30/07/2013
___________________________________

Mais, le mercredi 31 juillet à 11 h 15, (soit une vingtaine d'heures après que j'aie écrit ce texte) ton Jean-Pierre m'appelait pour me dire, pleurant et bouleversé, seulement ces trois terribles mots : "Elle est morte" depuis tout à l'heure !
Alors, mon chagrin me dit de te dire : Va t'en, Fous le camp !  "Escampe" toi !  File ! Va t'en dans de plus jolis jardins, comme ta si vieille Marie qui a su le faire, et comme et moi-même, il y a si peu, t'y avions invitée... 

 Mais comme tu me manques... Le manque dure longtemps, si longtemps...

mardi 30 octobre 2012

Sidéral arpenteur



J'ai enfourché un endormeur (1) 

pour m'en aller mesurer 

l'angle du monde : 

c'était un angle grave.

 


(1) Espèce de demi-cercle en bois ou en plastique servant à mesurer ou à rapporter les angles (d'après la petite L, 10 ans).
Exemple : quand je joue avec mon chien, et que je lui dis "rapporte !", il ne rapporte jamais que les angles aigus. Ce chien est terriblement obtus : ça m'assomme !
 
Dis maman, est-ce que grave ça prend un accent circonflexe ?
Et est -ce que c'est une faute aiguë ?

Pour parvenir à la lumière, il faut passer par les nuages / Yves Saint Laurent

jeudi 11 octobre 2012

AVRIL 2012/ Brigitte et Jean-Pierre

Ce et ceux que le vent emporte

Ce matin, devant ma porte, une lettre manuscrite, chiffonnée, mêlée aux feuilles mortes me fait signe.

Quelle étrange impulsion m'a prise ? Je ne sais. Je l'ai ramassée et mise dans ma poche.


Ce soir, je la retrouve, la déplie et la lis. La graphie en est tremblotante et incertaine, elle est datée du 7 décembre 2006. La voici :


Cher Marcel,
Nous avons bien reçu ta gentille lettre avec très grand plaisir, car moi aussi je pense souvent à toi et j'ai très souvent la nostalgie des bons moments que nous avons passés ensemble. Hé oui, même à 84 ans pour moi et un peu plus pour toi, nous avons encore un petit peu de jeunesse !
Enfin, comme tu le dis dans ta lettre, il ne faut pas se plaindre car on avait tellement de malheureuses, que tout compte fait, hé bien plus ou moins, tout le monde a sa part.
Quand je pense à la Lozère, je pense aux écrevisses, quand on y allait le soir, vers les années 70, je surveillais pour le cas où il y aurait un garde pêche dans les parages, et toi tu faisais ta pêche, et Louisa qui cuisinait ça de façon magistrale, quel régal !
J'espère, toutefois, que Serge pourrait t'emmener nous voir un de ces jours, mais je suis bien placé pour savoir que, il vient un moment où on ne sait plus comment faire pour bien faire.
Quant à toi, Marcel, je pense comme toi que, si quelquefois, on s'engueulait un peu, au contraire, ça voulait dire que nous étions de vrais copains, sans gêne l'un envers l'autre, d'ailleurs moi aussi je te considère comme un frère.
Et moi aussi, j'ai pour toi, toute la considération, l'estime et l'affection que tu mérites.
Mon cher Marcel, en attendant de te voir, lorsque Serge sera décidé, car moi, je n'ai pour le moment pas de problème pour conduire, mais je n'ai pas trop confiance en la bagnole, et toutes les sorties que je fais c'est pour aller aux commissions, à moins que Martine ou Régine mais elles ne viennent pas souvent, puissent nous emmener un jour
En espérant, et en attendant, nous t'embrassons tous deux bien affectueusement
Ainsi que Serge, Brigitte et toute ta famille.
Bien affectueusement
Bruno


dimanche 29 juillet 2012

Ô je me souviens

Je me souviens...

Ma grand-mère avait ressorti son dentier du manteau de la cheminée où elle planquait ses hétéroclites friandises. Depuis quelques années elle ne le portait plus, au prétexte que les arêtes de poissons et les carapaces de crustacés  s'y coinçaient. Ça lui faisait une drôle de tronche, joues et lèvres rentrées jusqu’à la garde dans leur coquille.
Tapis entre les incisives et les deux rangées de molaires de la prothèse, trônaient une dizaine de bagues dignes de Farah Diba, quatre ou cinq tours de perles fines, des pendants d'oreilles assortis aux bagues, tous de pierres précieuses (émeraudes, rubis de première qualité, diamants), ainsi que quelques bracelets ad hoc. S'ajoutait à ce butin, une cinquantaine de Napoléon que, de temps à autre, elle exhibait non sans nous avoir expressément convoqués pour le seul plaisir mauvais de nous faire pâlir d'envie. Puis, lentement, elle rangeait ces objets de toutes nos convoitises avec une volupté ostentatoire, l'un après l'autre, dans leurs escarcelles de soie rebrodée, l'une pour les joyaux, l'autre pour les pièces d'or.

Oui, nous étions le 8 mai 1981, l’avant-veille de la Révolution donc, et ma grand-mère avait une pétoche d’enfer : la cure d’Ultra levure et de Lactéol n’y faisait rien. En outre, claquer des dents sans ses dents ne va pas sans douleurs, raison de l'exhumation du dentier.

Je me souviens. Elle avait donc de nouveau chaussé son appareil, retrouvant derechef ce sourire mi-figue qui avait fait sa réputation. Elle s’était parée de tous les bijoux possibles, et avait attaché au moyen d’un mini-cadenas, les deux escarcelles à une ceinture qu’elle portait sous ses jupes, ras de la peau.
"Et ça, ça fera l'affaire pour tout recouvrir !" s'était-elle exclamée en saisissant une vaste cape de pluie en plastique.
Je me souviens. Elle avait sorti de derrière sa bibliothèque ses vêtements les plus précieux. Les tenues légères, les petits accessoires en croco et python, elle les avait entassés dans 6 énormes valises Vuitton. Tandis qu’une formidable cantine de l’armée abriterait quelques œuvres d’art de grande valeur sorties d’une réserve spécialement aménagée pour leur conservation dans les caves.

Mais le renard argenté, la zibeline et le vison de Sibérie, elle y avait foutu le feu au fond du parc, juste derrière la chapelle. Puis, tandis que s’élevaient la fumée et la puanteur de la peau brûlée, elle avait entrepris, en nuisette, une danse barbare autour du brasier en psalmodiant d’une voix sonore et caverneuse : « les-bolcheviks- ne-m’auront-pas ! les-bolcheviks- ne-m’auront-pas ! »

Quelques jours plus tard – c’était le jour de la pantomime de la rose au Panthéon - le 21 mai, je me souviens - elle perdit définitivement la raison et la parole. 
Et le 25 décembre de la même année, c’est une pneumonie foudroyante qui l’emporta.
Depuis, bien que n’aimant pas cette veille salope dont j’ai fini par hériter, je déteste les socialistes qui ont quand même mangé ma grand-mère.
Signé : Le petit chaperon rouge - 
10 mai 2011/ Sujet forum Libération : Vos peurs - arrivée de la gôche en 1981.

samedi 31 mars 2012

EXTRAIT DE "JOURNAL"/2000
13 novembre 2000   (Journal)  
 Tout tombe
Tout tombe. Tout finit par tomber. Un jour ou l'autre, c'est ce qui arrive. La pluie tombe, les seins tombent, les feuilles elles-mêmes, pourtant si gracieuses tout au long de l'été. En ronde monotone et en tourbillonnant, certes.
N'empêche, tout tombe. Les seins tombent. C'est ce moment-là que l'on choisit généralement pour tomber amoureuse, pour être tombée pour le dire autrement... Et ça, c'est bien embêtant.
Mais passons ! Car ce n'est pas tout. Le papier peint se décolle des murs et tombe. Les miettes grisettes des volets tombent, que les intempéries ont minées. Les hottes aspirantes s'y mettent aussi, se précipitant - se ruant - sans crier gare vers la table de cuisson, juste un peu en dessous, pour une étreinte aussi fracassante que fatale. Table de cuisson qui, probablement, est la seule à ne pas se montrer stupéfaite, saisie. C'est normal au fond : la hotte aspirante aspirait au sol irrésistiblement, elle aussi : une envie comme ça, on la prend de tout son poids sans réfléchir, on s'incline, point. La hotte, c'est, au demeurant, son droit le plus strict, comme à tout le monde, comme à toute chose : ne dit-on pas "en ce bas monde"... Et ce monde-là, la hotte y aspire… le prend au pied de la lettre. Qui donc pourrait lui en tenir rigueur ? Sa quête première - et ultime - est là, pas ailleurs, n’en déplaise aux grands airs quelle se donne...
Dès lors, seul le "demeurant", d'ailleurs, tombe dans l'effroi. Mesurant, abasourdi mais derechef, le chapelet d'atrocités auquel il a échappé. Alors, il s'en va consulter le chaman aux yeux bleus. Pour qu'il lui lève le mauvais œil, celui qui regarde vers le bas, celui qui, depuis la tombe regardait son frère, celui qui toujours toise, et enfonce. Peine perdue. Car, chaman ou pas, tout tombe, tout : les feuilles, les seins, les hottes aspirantes, etc. Ainsi de suite dans la grande ronde à peine étourdissante des chutes. Toujours : les grives et palombes sous le plomb du chasseur. Jadis : les poilus de quatorze sous le feu du teuton. Et un jour, dans longtemps peut-être mais très sûrement, moi-même qui vous aime tant. Tout choit. Absolument tout. On n'a pas le choix.
C'est l'entropie galopante, la gravitation gravissime, la grande digestion maligne : d'où que l'on se tourne, l'affaire est sans remède. Que faire dès lors ? Lever nos yeux éperdus vers le sourire de l'ange, pardi ! Voilà tout ce que nous pouvons. Et encore... À condition de n'être pas trop regardant sur le motif du sourire : l'ange se gausse-t-il ? Ou bien est-il bouffi de compassion ? Pétri de tendresse ? On peut toujours s'interroger. À l'infini. Mieux vaut sans doute, bien sûr, parier sur la tendresse...
Mais pendant ce temps, certitude certaine, irrémédiablement, les seins tombent. Et, très lentement, aussi, les grands glaciers qui, eux, fondent, fondent et fondent, dans une impulsion aussi têtue qu'innocente, dans une extase un peu niaise, à vrai dire.
Succomber* : il n'y a que ça à faire !*Voir ce mot in : Dictionnaire Historique de la Langue Française

dimanche 12 février 2012

samedi 11 février 2012

Retrouvailles











8 février 2012/Aix-en-Provence

vendredi 23 décembre 2011

Une assiette de Noël à tous ceux que j'aime


Je viens de la savourer !

C'est une belle entrée.

Vite fait, très bon !

Asperges vapeur, Saint-Jacques citronnées vinaigrées au balsamique, juste "retournées" avant dans très peu de graisse de canard + sel-poivre et presque crues), deux gambas idem, des lactaires maison en bordure d'assiette.
En déco : feuilles d'endive et tranches de courgettes cuites vapeur.

dimanche 11 septembre 2011

Fahrenheit 451/Pilon/Rentrée littéraire

Ce que l'on détruit vraiment

Comme chaque année en septembre, les livres déferlent, décourageants par leur profusion. Il suffit de multiplier le nombre de titres par le premier tirage pour songer au fameux et néanmoins incontournable "pilon".

Ce qui se détruit par tonnes au pilon chaque année ce n’est pas « 110 millions de livres », ce sont tout d'abord des tonnes de papier : ce ne sont que des tonnes de papier... Et quelques autres broutilles : par exemple le travail de ceux qui le fabriquent, qui l'impriment, le transportent, etc.
Ce qui se détruit là, ce n'est pas le travail, l'intelligence, ou le talent des auteurs.
C'est juste celui des gens qui fabriquent la pâte à papier et font tourner les rotatives.
C'est aussi et encore, d'une autre manière, celui de la nature : celle qui, au début et au principe de tout, fournit la matière première : bras et intelligence humains, chair animale, chair végétale, génie et malfaisance tout à la fois, inextricablement mélangés. 
Comment peut-on, par un si petit bout de lorgnette, croire ou oser faire croire, qu'il y a offense à auteurs ?
Qu'on me comprenne bien : je n'oppose en aucun cas les uns avec les autres.
Et c’est bien cela qui est inquiétant, alarmant : le travail matériel des humains (épuisable), le "travail" matériel de la nature (épuisable) sont tenus pour quantités négligeables.
Ce n'est "que" cela que l'on dirige vers ce redoutable "pilon", là où le sens (le bon sens) lui même bute, s'abîme.

Mais le bon sens et l'émoi ne sont pas toujours de bon conseil...

Que tous ceux qui versent des larmes de crocodile sur ce spectacle, certes saisissant et parfaitement révoltant, s'attardent un instant sur cette question :
Que feraient-ils donc de ces 110 millions de volumes si on leur demandait de les prendre en charge ? Qui, imaginent-ils, pourrait le faire ? Et surtout pourquoi ?
Les bibliothèques elles-mêmes détruisent des volumes en grande quantité et suppriment leurs ateliers de reliure-réparation, brisant au passage des métiers qualifiés...

Alors que faire de ces "surplus" ? Les donner à lire sans tri, sans critique, sans discernement à des non lecteurs qui n'en veulent pas ? On voit par là que ce n'est pas la solution.

Chaque année, je donne pas mal de livres à mes amis d'Amnesty International qui tirent de leurs "Foires aux livres" quelques subsides pour la cause que l'on sait.
Ils croulent sous les dons et se mettent minables, une fois l'affaire bouclée, pour charrier et stocker l'instockable !
Les textes, eux, subsistent et subsisteront s'ils ont de le faire, ne nous en faisons pas trop pour eux. Proust, Joyce, Faulkner ou Lucrèce sont indestructibles : il y a lurette qu'ils ont rencontré leur public. Les nouveaux auteurs aussi, je le maintiens.
Et, pour les nouvelles générations susceptibles de s'emporter pour eux, leurs livres sont et restent pour partie disponibles !
Mais les forêts, elles, trépassent.
Et les "petites mains", qui fabriquent cette matière, puis impriment les millions de pages (même si ce n'est que 35 h par semaine en échange d'un petit millier d'euros !), reprennent tous les soirs leur trains de banlieue avec, entre les mains, parfois un livre, parfois autre chose, parfois rien.

Qu’est-ce qu’un livre ?
Deux choses rigoureusement et strictement distinctes : d'abord de la pâte à papier, broyée puis façonnée en maintes étapes, de l'encre mise en œuvre par des tas de gens sur d'énormes machines - elles aussi forcément produites quelque part d'une part -
PUIS, ensuite seulement, un "produit immatériel", une "œuvre de l'esprit", d'autre part.

Pourquoi confondre ce qui n'est, par nature, pas "confusible", ou pas encore ?

Il en va des stratégies commerciales de l'édition et de la "mécanique de la production" comme il en va de l'impuissance généralisée face aux "surproductions" ! Qu'elles soient de lait, de patates ou de toute autre denrée, il faut détruire !
Que les logiques de production en arrivent là est la seule chose qui doit nous alarmer.

Sans distinguer entre les denrées (livres ou pas livres, patates ou côtelettes de porc), j'insiste sur ce point.
Espérons au moins que tout cela est soigneusement recyclé, oui, RE-CY-CLé. Même en papier cul, aussi cher qu'un livre si l'on veut bien y penser.
Ce papier nous est donc revendu deux fois : On s'est régalé avec le dernier Goncourt dont le prix de vente intègre tous les coûts de production ?
Ben on y revient pour la chute du beau roman : le surplus nous sera vendu en P-cul.
Ça fait encore plus cher le bouquin !

Le monde entier est devenu un gigantesque tube digestif dont les sucs gastriques broient impitoyablement humains, animaux, végétaux, minéraux : toutes les ressources de la vie sur la planète en somme.

Dès lors, je ne vois vraiment pas pourquoi le fait qu'il y ait marqué, "Chateaubriand", "Molière", "Duras" ou "Lacan" sur l'emballage d'un livre permettrait à cet ordinaire nutriment d'échapper à la règle commune, je veux dire à la loi d'airain en vigueur partout ailleurs. Une entreprise de destruction massive.

Un "papier", pas si vieux que ça sur un métier du livre.



jeudi 25 août 2011

dimanche 21 août 2011

Dico dingo/Journal d'un être/extrait

Dans les synonymes de mon ordinateur, à "Femme", il y a, en tête de liste, "épouse". C'est drôle parce que, à "Homme", il n'y a pas "époux", le mot-même n'est pas ici envisagé.

À croire que les femmes épousent des chaises ! Et ce n'est pas si faux, au fond...

En fait à "Homme", il y a "bonhomme" : c'est guère mieux. Mais, dès le troisième synonyme, l'homme devient un "être" ! Mais, juste avant, un "mari". Tout finit par arriver… Et lorsqu'on est un être aussi exquis, que peut-il vous arriver de mieux que d'être un "mari", n’est-ce-pas ?

Alors qu'un homme peut être un "amant", il ne semble pas envisagé qu'une femme puisse être une "maîtresse". C'est comme ça, c'est le lot du dictionnaire. Elles sera une "sauterelle", une "nana", une "beauté" (pas de "laideron" à l'horizon), un "dragon", un "tonneau". À "nana", elle aura pour autres synonymes, les insignes avantages de "souris" et de "bonne femme". Et puis, en queue de liste - enfin ! - une "personne". Ouf ! Il faut toujours lire jusqu’au bout.

samedi 20 août 2011

Vite vite !

Non, non, non...
Je n'ai besoin de personne en Harley Davidson !
Son, son, son...


Konseledise.
Bises aux miens.

mardi 18 janvier 2011

Hier, j'ai trouvé par hasard un blog qui me plaît

Dessus il y avait ceci :

Un mot pour un autre

L'autre jour, mon ami Philippe m'a dit:

«Je me sens tout périmé. Complètement à côté de mes bombes.
Une fois n'est pas bitume, le pèlerin m'a prescrit des anxiomythiques.
Il pense que c'est la brise de la quarantaine.
Que c'est pour ça que je fais une répression morveuse.
La nuit, je n'arrive pas à chérir, je fais des trous noirs, je pense au calé, je pense à ma scie. Je me dis que si j'étais à refaire, je me vendrais tout autrement.»

Ça m'a plu et j'ai voulu jouer avec.
J'ai envoyé, en réponse, ceci :


Et alors, pourquoi à moi, l'ami Philippe, il a dit :
« Je me sens tout périnée. Complètement la tête dans le cul.
Une fois n’est pas couture, le gastropode m’a dit : faut suturer !
Il pense que c’est l’abus de morts subites gravelé par les cuisses de gargouilles.
Que c’est pour ça que je fais des reflux sulfuriques par voies non navigables.
La nuit, je n’arrive pas à lisoter, le jour j’ai des présences sataniques et toujours, je pense au futur, à mes étoiles, à mes noces dragées.
Je me dis que si j’allais à revers, les poils de l’adultère me repousseraient là où Satan va pas. »



samedi 8 janvier 2011

Je rentre du resto, celui où l'on rit plus qu'on ne se goinfre...

- Qu'on le veuille ou non, un "acteur économique", c'est un acteur qui ne s'use que si l'on s'en sert.
- Une vraie pile quoi ! Faut l'excuser : il ne sait pas tout jouer...

Il était fort tard. De l'économie mondialisée, nous avions tout dit : tout et son contraire. Voilà bien un sujet plastique à l'envi... Là, j'excelle ! J'embrouille : on n'y voit que du feu.

J'en étais donc là de mon bavardage oiseux avec B. lorsque, soudain, malgré l'heure tardive du café, j'entends rire bien plus fort (que nous) à la table d'à côté : une cascade, un torrent de montagne, cristallin tout d'abord, menaçant ensuite.
Et alors là, la bonne femme (celle du rire, une aguichante rousse entre deux âges) s'exclame, hilare, pleurant de rire mais d'une voix sonore jusqu'au fond de la salle :
«Dans la langouste,
c'est comme chez les mecs,
le meilleur, c'est toujours la queue !
Ah ah ah ! Hi hi hi !»

dimanche 2 janvier 2011

Errances urbaines/Série/La bonne année c'est pas pour tout le monde


On pourrait se croire dans une histoire de Keaton, de Chaplin ou de Woody Allen Woodpecker ! Mais – hélas – non : ce n’est que moi et c’est vrai de vrai de chez hyper réaliste, aux Tentiques de chez ici-bas.
Ce qui me fait dire que la bonne année, c’est pas pour tout le monde.
Vendredi soir minuit, tandis que je me livre à une tache très délicate visant à réconcilier l’animal en nous avec la femme en tout homme, voilà que le fioul du chauffage se tarit, venant à manquer sans crier gare !
Imprévoyance et procrastination sont les deux mamelles de l'aventure...
Voila trois jours que ça dure cette affaire de fériés ! Et je commence sérieusement à me peler vraiment la banane, tandis que mon ami Lully, ornithorynque pacifique, musicien populiste et néanmoins très tendre, se nettoie laborieusement la queue sous la couette : la vache !
Bon. Patientons me dis-je, tandis que je réalise que le carburant ne reviendra pas, au mieux, avant le lundi 3 !!! Les fournisseurs étant à la fête jusque-là...
MAIS CE N’EST PAS TOUT !
La veille, désireuse de faire plaisir à mon entourage, je m’en étais allée chez mon seul, intime et unique coiffeur préféré entre tous (Pierre ! Où es-tu ? Espèce de traître !).
Le drôle s’en était enfui quelques semaines auparavant sur une île déserte dans l’idée saugrenue de partager sa vie avec les bonobos ! Mais y’en a pas de ça sur les îles désertes, Pierre !!!
Bref me voilà errant, l’âme en peigne, dans la galerie marchande d’un supermarché populiste… Il s’y trouve un salon archi vide ! Ce qui eût dû m’alerter mais, vicieuse que je suis, m'attire....
La petite, à qui je demande : « une coupe à trous avec du long et du court mélangés, privilégiant la dissymétrie », blêmit mais - la salope - elle me dit oui !
Méfiante mais pas assez, je lui précise, pensant ainsi me mettre à sa portée : « Vous voyez la chanteuse Jeanne Mas ? C’est un peu ça, que je voudrais. »
La gourgandine me répond : « Hou la la ! Je connais pas ! C’est une vieille ça ! ? »
L’envie me saisit alors de lui chanter la terrible chanson de Brigitte Fontaine « Je suis vieille et je vous encule… » mais je m’abstins, Dieu seul sait pourquoi.
Basta ! Je lui confie donc ma crinière en désespoir de cause et sans clause abusive... Et (c'était archi couru) je ressors avec une coupe en brosse, hideuse, forcément hideuse !
Résultat : un mois de burqà ou de bonnet de neige pour moi avant que le temps ne vienne réparer l’outrage !
MAIS CE N’EST PAS ENCORE TOUT !
Hier matin 1e janvier, je sors dans l’intention d’aller acheter des fruits exotiques dans un bouiboui de ma connaissance ! Mais voilà : mon carrosse n’est plus là, là où je l’avais laissé la veille sur mon parking.
Une semaine avant, je dois l’avouer, j’avais perdu ma clé de bagnole juste devant… Ça m’angoissait vaguement mais m’en occuper me faisait chier outre mesure…
Bien sûr, l’emprunteur de clé me trouva fort empruntée lorsque je vis le « trou » qu’avait laissé ma gentille bolide sur le parking confus de confusion éplorée.
Le plus beau c’est que, folle que je suis, j’ai - en toute invraisemblance - sillonné les îlots de maisons et immeubles du voisinage.
Eh ben oui : ma bagnole se trouvait là, garée devant chez l’emprunteur. Quel culot !
Du coup, là, les flicailles furent saisies derechef.
Ils me firent un papier pour l’assurance et me dirent, blasés et histoire de pas trop se pourrir la bonne année :
"Bah, vous l'avez retrouvée ! Donc elle est pas volée… Faut juste la changer de place pour brouiller les pistes !"
Demain dès l’aube
À l’heure où rugit la banlieue
Je partirai
J’irai par les chemins
Porter ma haridelle
À mon cher garagiste.
POURVU QU’IL N’AIT PAS FILÉ
CHEZ LES BONOBOS AVEC MON COIFFEUR !!!

lundi 29 novembre 2010

Obscénité


Voici la page d'ouverture que Pôle emploi adressa à ses "ressortissants" en octobre 2010.
Cela se passe de commentaires.
L'obscénité fait rage.

Perles de culture "dekopidubac", authentique, hier sur France Inter/à mourir de rire


A tous ceux qui aiment rire pour ne pas pleurer, voici comment, à France Inter on « traite » les sujets culturels et artistiques et probablement tous les autres : par dessus la fesse...
Voilà à quels extrêmes conduit un traitement « pipole » de l’information. Qui a donc choisi de confier à une bécasse inculte - et / ou négligente de son travail - cet entretien Luchini/Muray ??? On croit rêver, on a honte pour "elle", mais on rigole, éberlué, consterné, comme le fut son invité malicieux, aussi féroce qu'indulgent.

C’était ce dimanche matin (28/11/2010) entre 11 h et midi, un programme titré : « Je hais les dimanches »

Il faut écouter jusqu’au bout, car cette "séance" fut un véritable collier de perles. Perles – qui déferleront en cascade, rebondissant sur l'escalier de la bêtise jusqu’à l’échéance-déchéance ultime... Une pièce d’anthologie.
Mais c’est dès l’ouverture que ça démarre "le plus fort".

L’invité est Fabrice Luchini à l’occasion de ses lectures de textes de Philippe Muray.
C'est ici et à écouter jusqu'à la garde :

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/je-hais-les-dimanches/archives.php