samedi 31 mars 2012

EXTRAIT DE "JOURNAL"/2000
13 novembre 2000   (Journal)  
 Tout tombe
Tout tombe. Tout finit par tomber. Un jour ou l'autre, c'est ce qui arrive. La pluie tombe, les seins tombent, les feuilles elles-mêmes, pourtant si gracieuses tout au long de l'été. En ronde monotone et en tourbillonnant, certes.
N'empêche, tout tombe. Les seins tombent. C'est ce moment-là que l'on choisit généralement pour tomber amoureuse, pour être tombée pour le dire autrement... Et ça, c'est bien embêtant.
Mais passons ! Car ce n'est pas tout. Le papier peint se décolle des murs et tombe. Les miettes grisettes des volets tombent, que les intempéries ont minées. Les hottes aspirantes s'y mettent aussi, se précipitant - se ruant - sans crier gare vers la table de cuisson, juste un peu en dessous, pour une étreinte aussi fracassante que fatale. Table de cuisson qui, probablement, est la seule à ne pas se montrer stupéfaite, saisie. C'est normal au fond : la hotte aspirante aspirait au sol irrésistiblement, elle aussi : une envie comme ça, on la prend de tout son poids sans réfléchir, on s'incline, point. La hotte, c'est, au demeurant, son droit le plus strict, comme à tout le monde, comme à toute chose : ne dit-on pas "en ce bas monde"... Et ce monde-là, la hotte y aspire… le prend au pied de la lettre. Qui donc pourrait lui en tenir rigueur ? Sa quête première - et ultime - est là, pas ailleurs, n’en déplaise aux grands airs quelle se donne...
Dès lors, seul le "demeurant", d'ailleurs, tombe dans l'effroi. Mesurant, abasourdi mais derechef, le chapelet d'atrocités auquel il a échappé. Alors, il s'en va consulter le chaman aux yeux bleus. Pour qu'il lui lève le mauvais œil, celui qui regarde vers le bas, celui qui, depuis la tombe regardait son frère, celui qui toujours toise, et enfonce. Peine perdue. Car, chaman ou pas, tout tombe, tout : les feuilles, les seins, les hottes aspirantes, etc. Ainsi de suite dans la grande ronde à peine étourdissante des chutes. Toujours : les grives et palombes sous le plomb du chasseur. Jadis : les poilus de quatorze sous le feu du teuton. Et un jour, dans longtemps peut-être mais très sûrement, moi-même qui vous aime tant. Tout choit. Absolument tout. On n'a pas le choix.
C'est l'entropie galopante, la gravitation gravissime, la grande digestion maligne : d'où que l'on se tourne, l'affaire est sans remède. Que faire dès lors ? Lever nos yeux éperdus vers le sourire de l'ange, pardi ! Voilà tout ce que nous pouvons. Et encore... À condition de n'être pas trop regardant sur le motif du sourire : l'ange se gausse-t-il ? Ou bien est-il bouffi de compassion ? Pétri de tendresse ? On peut toujours s'interroger. À l'infini. Mieux vaut sans doute, bien sûr, parier sur la tendresse...
Mais pendant ce temps, certitude certaine, irrémédiablement, les seins tombent. Et, très lentement, aussi, les grands glaciers qui, eux, fondent, fondent et fondent, dans une impulsion aussi têtue qu'innocente, dans une extase un peu niaise, à vrai dire.
Succomber* : il n'y a que ça à faire !*Voir ce mot in : Dictionnaire Historique de la Langue Française

dimanche 12 février 2012

samedi 11 février 2012

Retrouvailles











8 février 2012/Aix-en-Provence

vendredi 23 décembre 2011

Une assiette de Noël à tous ceux que j'aime


Je viens de la savourer !

C'est une belle entrée.

Vite fait, très bon !

Asperges vapeur, Saint-Jacques citronnées vinaigrées au balsamique, juste "retournées" avant dans très peu de graisse de canard + sel-poivre et presque crues), deux gambas idem, des lactaires maison en bordure d'assiette.
En déco : feuilles d'endive et tranches de courgettes cuites vapeur.

dimanche 11 septembre 2011

Fahrenheit 451/Pilon/Rentrée littéraire

Ce que l'on détruit vraiment

Comme chaque année en septembre, les livres déferlent, décourageants par leur profusion. Il suffit de multiplier le nombre de titres par le premier tirage pour songer au fameux et néanmoins incontournable "pilon".

Ce qui se détruit par tonnes au pilon chaque année ce n’est pas « 110 millions de livres », ce sont tout d'abord des tonnes de papier : ce ne sont que des tonnes de papier... Et quelques autres broutilles : par exemple le travail de ceux qui le fabriquent, qui l'impriment, le transportent, etc.
Ce qui se détruit là, ce n'est pas le travail, l'intelligence, ou le talent des auteurs.
C'est juste celui des gens qui fabriquent la pâte à papier et font tourner les rotatives.
C'est aussi et encore, d'une autre manière, celui de la nature : celle qui, au début et au principe de tout, fournit la matière première : bras et intelligence humains, chair animale, chair végétale, génie et malfaisance tout à la fois, inextricablement mélangés. 
Comment peut-on, par un si petit bout de lorgnette, croire ou oser faire croire, qu'il y a offense à auteurs ?
Qu'on me comprenne bien : je n'oppose en aucun cas les uns avec les autres.
Et c’est bien cela qui est inquiétant, alarmant : le travail matériel des humains (épuisable), le "travail" matériel de la nature (épuisable) sont tenus pour quantités négligeables.
Ce n'est "que" cela que l'on dirige vers ce redoutable "pilon", là où le sens (le bon sens) lui même bute, s'abîme.

Mais le bon sens et l'émoi ne sont pas toujours de bon conseil...

Que tous ceux qui versent des larmes de crocodile sur ce spectacle, certes saisissant et parfaitement révoltant, s'attardent un instant sur cette question :
Que feraient-ils donc de ces 110 millions de volumes si on leur demandait de les prendre en charge ? Qui, imaginent-ils, pourrait le faire ? Et surtout pourquoi ?
Les bibliothèques elles-mêmes détruisent des volumes en grande quantité et suppriment leurs ateliers de reliure-réparation, brisant au passage des métiers qualifiés...

Alors que faire de ces "surplus" ? Les donner à lire sans tri, sans critique, sans discernement à des non lecteurs qui n'en veulent pas ? On voit par là que ce n'est pas la solution.

Chaque année, je donne pas mal de livres à mes amis d'Amnesty International qui tirent de leurs "Foires aux livres" quelques subsides pour la cause que l'on sait.
Ils croulent sous les dons et se mettent minables, une fois l'affaire bouclée, pour charrier et stocker l'instockable !
Les textes, eux, subsistent et subsisteront s'ils ont de le faire, ne nous en faisons pas trop pour eux. Proust, Joyce, Faulkner ou Lucrèce sont indestructibles : il y a lurette qu'ils ont rencontré leur public. Les nouveaux auteurs aussi, je le maintiens.
Et, pour les nouvelles générations susceptibles de s'emporter pour eux, leurs livres sont et restent pour partie disponibles !
Mais les forêts, elles, trépassent.
Et les "petites mains", qui fabriquent cette matière, puis impriment les millions de pages (même si ce n'est que 35 h par semaine en échange d'un petit millier d'euros !), reprennent tous les soirs leur trains de banlieue avec, entre les mains, parfois un livre, parfois autre chose, parfois rien.

Qu’est-ce qu’un livre ?
Deux choses rigoureusement et strictement distinctes : d'abord de la pâte à papier, broyée puis façonnée en maintes étapes, de l'encre mise en œuvre par des tas de gens sur d'énormes machines - elles aussi forcément produites quelque part d'une part -
PUIS, ensuite seulement, un "produit immatériel", une "œuvre de l'esprit", d'autre part.

Pourquoi confondre ce qui n'est, par nature, pas "confusible", ou pas encore ?

Il en va des stratégies commerciales de l'édition et de la "mécanique de la production" comme il en va de l'impuissance généralisée face aux "surproductions" ! Qu'elles soient de lait, de patates ou de toute autre denrée, il faut détruire !
Que les logiques de production en arrivent là est la seule chose qui doit nous alarmer.

Sans distinguer entre les denrées (livres ou pas livres, patates ou côtelettes de porc), j'insiste sur ce point.
Espérons au moins que tout cela est soigneusement recyclé, oui, RE-CY-CLé. Même en papier cul, aussi cher qu'un livre si l'on veut bien y penser.
Ce papier nous est donc revendu deux fois : On s'est régalé avec le dernier Goncourt dont le prix de vente intègre tous les coûts de production ?
Ben on y revient pour la chute du beau roman : le surplus nous sera vendu en P-cul.
Ça fait encore plus cher le bouquin !

Le monde entier est devenu un gigantesque tube digestif dont les sucs gastriques broient impitoyablement humains, animaux, végétaux, minéraux : toutes les ressources de la vie sur la planète en somme.

Dès lors, je ne vois vraiment pas pourquoi le fait qu'il y ait marqué, "Chateaubriand", "Molière", "Duras" ou "Lacan" sur l'emballage d'un livre permettrait à cet ordinaire nutriment d'échapper à la règle commune, je veux dire à la loi d'airain en vigueur partout ailleurs. Une entreprise de destruction massive.

Un "papier", pas si vieux que ça sur un métier du livre.



jeudi 25 août 2011

dimanche 21 août 2011

Dico dingo/Journal d'un être/extrait

Dans les synonymes de mon ordinateur, à "Femme", il y a, en tête de liste, "épouse". C'est drôle parce que, à "Homme", il n'y a pas "époux", le mot-même n'est pas ici envisagé.

À croire que les femmes épousent des chaises ! Et ce n'est pas si faux, au fond...

En fait à "Homme", il y a "bonhomme" : c'est guère mieux. Mais, dès le troisième synonyme, l'homme devient un "être" ! Mais, juste avant, un "mari". Tout finit par arriver… Et lorsqu'on est un être aussi exquis, que peut-il vous arriver de mieux que d'être un "mari", n’est-ce-pas ?

Alors qu'un homme peut être un "amant", il ne semble pas envisagé qu'une femme puisse être une "maîtresse". C'est comme ça, c'est le lot du dictionnaire. Elles sera une "sauterelle", une "nana", une "beauté" (pas de "laideron" à l'horizon), un "dragon", un "tonneau". À "nana", elle aura pour autres synonymes, les insignes avantages de "souris" et de "bonne femme". Et puis, en queue de liste - enfin ! - une "personne". Ouf ! Il faut toujours lire jusqu’au bout.